Arts Martiens

IAM

Def Jam France  |  2013
1 / 10
par Tristan  |  le 29 avril 2013

Dans les cas comme celui du nouvel album d'IAM il y a d'un côté les fans rageurs qui défendront bec et ongles un groupe au glorieux passé et de l'autre ceux qui diront qu'on est à des années-lumières de L'Ecole du micro d'argent. Je me fous de ces conneries: j'ai simplement écouté un disque sorti en avril 2013, et c'est un très mauvais disque de 2013. En 2009, quand Jay-Z sortait The Blueprint 3, je n'étais pas en train de marmonner que c'était moins bien que Reasonnable Doubt ou le premier Blueprint, ou en train de crier à quiconque attaquait Jay-Z que de toute façon il était toujours le roi de New-York. C'était un bon album de rap de 2009, point. Et ça reste un bon album de rap. Mais dans le cas qui nous occupe, qu'a-t-on à se mettre sous la dent, sérieusement? « Après la fête » ou « Notre Dame veille », à la rigueur. Mais après?

Pour mieux cerner Arts Martiens, un petit florilège des rimes les plus pathétiques contenues dans ce sixième album des Marseillais sera probablement plus éloquent qu'un long discours: « Eux la colombe ils l'ont shootée directement au décollage », « Moi j'suis pas Kirikou, leurs guerres je les mènerai toutes », « Une lettre d'un affranchi qui n'est plus esclave », « Quand la haine prend le coeur des amis ça part en bad vibe », « Mon encre est si amère qu'une goutte pourrait rendre aigre la mer ». Le fond est bien-pensant tandis que la forme est pauvre: tout ici est littéral et il n'y a presque aucune figure de style dans ce satané album. Ah si, la métaphore de l'ascenseur social, mais on pensait franchement que plus personne n'oserait la décliner en 2013. Et qu'on ne vienne pas me parler de la personnification de la misère: c'est éculé et laborieux par-dessus le marché.

Les Marseillais ressassent tellement leur gloire passée qu'ils finissent par s'auto-sampler, et pas qu'une fois. Les refrains de « 4.2.1 » et de « Debout les braves » m'ont tiré des larmes et inutile de vous préciser leur nature. Les beats sont non seulement mauvais (« Misère » porte bien son nom putaing), car les boucles n'ont pas l'efficacité nécessaire pour conserver l'attention de l'auditeur, mais en plus ils sont très lents et souvent calés sur le même BPM, ce qui entraîne une uniformisation des flows. Alors oui, leur prose de vieux sages est sans doute mieux pour les enfants de 14 ans qu'un discours matérialiste et sexiste. Seulement voilà, ceux qui n'ont plus 14 ans auront vraiment l'impression d'être pris pour des cons. Quel adulte - ou désireux de le devenir - ignore les injustices de la vie qu'ils tentent platement d'exposer ici? A écouter « Habitude » il y aurait des mendiants dans la rue et ils souffriraient de l'indifférence des passants. Je vais me renseigner mais ça me paraît bizarre. Apparemment l'amour c'est mieux que la haine aussi, intriguant. « Aucun compte à l'étranger habilement caché ». Attention, ça dénonce, en plein dans l'actualité. Les mecs d'IAM disent tout haut ce que tout le monde pense tout bas! Quelle virulence! Et puis la bonne conscience côtoie des trucs bizarres: s'ils sont de si beaux exemples, de tolérance, pourquoi se permettent-ils de dire que nos baladeurs abritent des « merdasses »? Je connais le principe de l'egotrip, merci, mais dans les faits je vais effectivement enlever CET album de mon iPod, je manque de place justement. Et comment interpréter la phrase « Ils ont des doutes sur leur propre nature, comme David Bowie »?

A bien y réfléchir, peut-être qu'en fait tout cela est une vaste blague, un troll discographique. Quand on écoute « Marvel » et l'intro de « Pain au chocolat » on y pense forcément. Pour le coup, j'aurais aimé être un vrai journaliste musical: j'aurais été payé pour écouter cet album, la pilule aurait été moins difficile à avaler. Alors si on a un conseil à vous donner, c'est d'aller plutôt écouter Veence Hanao, dont nous parlerons bientôt. Chez le Belge, vous comprendrez à quoi peut ressembler du rap intéressant en 2013.

Le goût des autres :

note : 77/10Maxime note : 66/10Amaury L