Archives 2003-2006

Department of Eagles

Isota Records  |  2010
8 / 10
par Gwen  |  le 9 août 2010

Les raisons qui soutiennent une soudaine divulgation "d’archives" sont nombreuses et souvent fétides. Exterminer des bouts de gras, éviter de se faire oublier pendant une période creuse, bâcler la clôture d’un contrat avec une maison de disque trop vorace, honorer la mémoire d’un artiste qui n’a pas eu l’occasion de combler sa famille de son vivant… Nous commencerons donc par remercier Department Of Eagles de ne pas nous avoir pris pour des truffes.

Au début des années 2000, les compagnons de dortoir Daniel Rossen et Fred Nicolaus eurent l’épanouissante idée de partager leurs guitares plutôt que d’aller se biturer dans les fraternités. Une nuée de petits EP plus tard et le duo donnera finalement le jour à deux splendeurs folkeuses, Whitey of the Moon en 2003 et In Ear Park en 2008. Entretemps, Rossen, claviériste multi-fonctions, se verra réquisitionné par Grizzly Bear dont le succès l’absorbera goulûment. Il serait toutefois malvenu de considérer Department of Eagles comme un négligeable projet annexe, quelle que soit la discrétion dont ils font preuve. 

Ces deux-là ont donc soulevé leur matelas d’étudiant et récupéré quelques pièces qui se montraient dignes d’intérêt, alternant les morceaux pleinement aboutis écrits à quatre mains et les interludes plus rudimentaires joués à deux - celles de Rossen en l’occurrence, en recherche de pistes à débroussailler. Si ces derniers, les Private Room Sketches, restent des embryons créatifs parfois proches de l’improvisation, ils préparent à chaque fois l’écoute des petites merveilles mélodiques qui les suivent. "Deadly Disclosure", "While We’re Young", "Brightest Minds", "Golden Apple". Les perles s’enchaînent avec une telle désinvolture printanière qu’on en oublie presque l’immense ouvrage instrumental qui les charpentent. Les chansons s’agencent en fines pellicules, de piano, de cordes, de voix, par dessus, par dessous, proches et lointaines, sans jamais étourdir l’auditeur qui ondule sur son coussin d’air. De l'intelligence accessible à tous. Et nous sommes censés croire qu’ils ont manigancé tout ça dans leur chambre de nerds? Tranquillement, les doigts coincés dans l'élastique du slip?

Quoi qu’il en soit, ces gaillards – devenus à présent de vaillants trentenaires - ne méritent certainement pas leur anonymat prolongé. Leur folk inspiré ne demande aucun effort d’adaptation et il n’est pas jamais trop tard pour aller puiser dans leurs précédentes sorties, officielles ou non.