And Nothing Hurt

Spiritualized

Bella Union  |  2018
9 / 10
par Pierre  |  le 5 septembre 2018

Il est de ces grandes étapes qui jalonnent la vie d’un homme et inscrivent dans sa mémoire un souvenir indélébile, comme son premier pelotage en règle d’une entité féminine ou la terrible découverte du visage encore placentaire de ses rejetons. Pourtant, si ces événements marquent de leur sceau inaltérable et enchanteur notre misérable existence, il est relativement facile de hiérarchiser ces épisodes selon le bonheur qu’ils procurent. Et il semble que rien n’égalera jamais l’allégresse déclenchée par la parution d’un nouvel album de Spiritualized, d’autant plus lorsque celui-ci passe pour être le dernier d’une formation à l'impeccable discographie. 

Car depuis que Jason Pierce s’est affranchi des excellents Spacemen 3 pour entamer une épatante carrière très solitaire, le Britannique a eu une vie pour le moins chaotique. Mais de cette terrible lutte l'opposant à ses propres fantômes et aux succubes de la déchéance, Jason Pierce semble avoir extrait le véritable suc de l’existence, le parfait équilibre entre désir de vie et profonde mélancolie. Expiant peu à peu ses démons, Pierce s’est forgé une philosophie de vie bien résumée par les paroles de "Little Girl" sur Sweet Heart Sweet Light en 2012: "Sometimes I wish I was wead, "Cos only the living can feel the pain (...) Hey little girl we're on our own. Here today and then we're gone. Before we ride into the sun. Get it on." De quoi contextualiser un peu mieux ce And Nothing Hurt au titre évocateur. 

Passé maître dans l’art de la mélancolie, Jason Pierce expose sur ce huitième album tout ce qui a fait le succès de la recette Spiritualized: une musique émouvante et harmonieuse, touchée par la grâce, parcourue de saillies psychédéliques, et rythmée par un flot de paroles déprimées et déprimantes. Du coup, si l’on  retrouve certaines formules phares du Britannique comme cette façon bien spécifique d’entremêler les voix sur "A Perfect Miracle" qui évoque sans retenue "Ladies & Gentlemen We Are Floating In Space", Jason Pierce n’oublie jamais ses racines psychédéliques, partant totalement en couilles sur le jouissif "The Morning After" dont le final orgiaque continue de faire frétiller nos slips à sa simple évocation. 

Evidemment, ce And Nothing Hurt ne serait pas un album de Spiritualized sans une production irréprochable. Toute en retenue, simplicité et authenticité, celle-ci procure à l’album une dimension presque messianique tant elle appuie la grâce déjà inhérente à chaque composition. De quoi chialer comme une madeleine à l’écoute de ces neufs nouveaux titres qui, malheureusement, pourraient bien parapher le testament musical d’un Jason Pierce toujours aussi heureux qu’une dinde la veille de Thanksgiving. Mais qu’il s’agisse ou non de la dernière livraison du Britannique, là n’est pas la question. En parvenant une fois de plus à sortir la tête de la boue, il livre neuf compositions impeccables et capables de toucher quiconque ignorerait jusqu’à son nom. Ladies & Gentlemen, Spiritualized is floating in space, again. 

Le goût des autres :