An Almost Silent Life

Dakota Suite

Glitterhouse Records  |  2012
8 / 10
par Maxime  |  le 13 janvier 2013

Une fois de plus, c'est la fin de l'année (2012 donc...) que Chris Hooson a choisie pour publier An Almost Silent Life, quatorzième livraison sous le nom de Dakota Suite (hors compilations, si votre serviteur a bien fait ses comptes). Le prolifique songwriter anglais conserve donc son rythme de croisière, sortant presque un album par an depuis 1998, et pas moins de trois en 2011.

Mais malgré cette hyperactivité, ce disque ne s'écoute pas à la va-vite, on ne "consomme" pas la musique de Dakota Suite. C'est même plutôt l'inverse:  c'est elle qui nous consomme, nous emporte. Ainsi, dès les premières mesures de "I See Your Tears", on (re)plonge dans cet univers ouaté et vaporeux de nappes qui s'allongent et de silences que l'on devine. Pour cet album, Hooson a fait le choix du minimalisme, enregistrant plusieurs fois ses chansons jusqu'à n'obtenir et ne retenir que les versions les plus dépouillées. Si Dakota Suite nous avait habitué à de la sobriété, on est ici dans l'épure, presque dans l'esquisse. "I Recoiled So Violently I Almost Disappeared", "Last Flare from a Desperate Shipwreck", ou encore "I Know Your Desolate Places", les titres des morceaux ne font pas dans la dentelle. Mais si le propos est sombre, la musique est elle lumineuse, la voix caressant les sons du piano, cajolant les notes de guitare. Chris Hooson ne renie aucun des deux Mark qui depuis plusieurs années semblent régulièrement se rappeler à lui, se plaçant  à la fois dans la filiation d'un Mark Kozelek (Red House Painters, Sun Kil Moon) au slowcore tendrement écorché, et celle du génie pop Mark Hollis (Talk Talk), dont l'unique et très beau solo sorti en 1998 semble avoir irrigué toute la discographie de Dakota Suite jusqu'à aujourd'hui.

Si les morceaux sont ici dans l'ensemble plutôt courts, ne flirtant plus avec la durée des longues pièces d'antan, et sont presque tous chantés, on retrouve quand même quelques instrumentaux, dont le court et rayonnant "Lumen" placé au milieu du disque. Le plus notable est peut-être la quasi absence d'électronique, le choix étant fait d'une musique presque complétement acoustique et organique; musique qui prend son temps, et donc pour laquelle il faut prendre son temps. Oubliez ainsi la fonction shuffle et l'écoute distraite dans la voiture: on ne peut prendre An Almost Silent Life que sans un mot et comme un tout gagnant en intensité à mesure de son avancée superbe.

Forcément, étant le dernier né d'une discographie déjà foisonnante, et jouant sur les même ressorts mélancoliques et contemplatifs que ces prédécesseurs, An Almost Silent Life est un peu redondant sur la forme comme dans le fond. Mais cette musique est tellement belle qu'à chaque fois on se laisse attraper et envelopper dans la sensation de sérénité induite par son écoute. Pour conclure je reprendrai à mon compte les mots de notre bien aimé rédac' chef qui en 2007 parlait à l'époque déjà de Dakota Suite : disque de saison, et disque magnifique, tout simplement.

NB: A noter qu'en plus de l'album sorti chez Glitterhouse Records (qui abrite également les revenants de Spain, autres grands mélancoliques devant l'éternel), Chris Hooson fait également paraitre une version ultra limitée d'une seconde galette, Accompanying Music From Other Rooms, compilation également très recommandable de démos et outtakes tirées des mêmes sessions .