Amyl & The Sniffers

Amyl & The Sniffers

Rough Trade  |  2019
7 / 10
par Gwen  |  le 19 juin 2019

Vingt-neuf minutes. C’est probablement moins de temps qu’il n’en faut pour récupérer un recommandé à la poste ou arracher une bière à un bar du We Love Green. Vingt-neuf minutes, c’est aussi le temps qu’il suffit à Amy Taylor et ses reniflards pour cracher à la face du monde, s’essuyer le menton et s’évanouir dans une volée de détritus. Vingt-neuf minutes de prise d’otages provoquant un irrépressible syndrome de Stockholm.

Sur papier, Amyl and the Sniffers a tout d’un groupe parodique. On imagine les rejetons du psychopathe de « Wolf Creek » ayant trouvé refuge dans la bienveillante cité de Melbourne après une longue cavale. Des personnages de série Z maquillés à la pelle dont les super pouvoirs s’intensifient à mesure que leurs coupes mulet s’allongent. Des vilains pas beaux qui auraient dû être de simples figurants et qui se révèlent être les seules apparitions qui valent la peine d’être retenues. 

Au niveau du son, ça bourrine dans le punk tendu et le glam seventies sans la moindre politesse. On n’oublie pas non plus les ponctuels solos de guitare afin d’éviter les jalousies et de donner l’occasion à Amy d’afonner une pinte dans le fond de la scène avant de retourner au turbin. Aucune intention de disséquer l’Histoire ni de rendre un quelconque hommage aux héros du passé, ce n’est pas le but de la manœuvre. La machine fonctionne uniquement à la morve et à l'instinct, rien de plus.

Heureusement, ce qui aurait pu être un pur exercice de style trouve toute sa consistance grâce au travail du producteur Ross Orton (derrière le Arular de M.I.A. ou le AM de Arctic Monkeys) qui n’hésite pas à trancher dans le gras de leurs précédents EPs. Il offre à leurs chansons ultra compactes un début, un milieu, une fin et une cible bien centrée. De la précision sans baisser le volume ni brider la bête.

Et puis surtout, il y a Amy. Si le groupe emprunte désormais des vols intercontinentaux au lieu de saccager le même bar minable tous les soirs, la présence de la mini blonde y est sans doute pour beaucoup. Un véritable geyser humain qui déverse ses flots d’acide en se souciant peu des dommages collatéraux (et de la note du pressing). « I like control ! I’m in control ! » assure-t-elle, pupilles dilatées, jambes par dessus tête. Elle nous donne assez peu de raisons de la croire, mais ce serait beaucoup moins excitant si c’était le cas.