All Is Silence

Ametsub

Nóthings66  |  2013
8 / 10
par Simon  |  le 10 avril 2013

Cela faisait longtemps qu’on avait plus parlé du cliché des Japonais en grands spécialistes du glitch bien académique. Peut-être parce que cette scène ne nous intéresse plus beaucoup, en fait. C’est dommage d’ailleurs, parce qu'il fût un temps où on raffolait des ballades magnifiquement composées et diablement encadrées. Mais si on a quelque peu abandonné la mouvance au bord du chemin, on ne pouvait passer à côté d’une écoute, si innocente soit-elle, du dernier effort d’Ametsub. Une chronique qui n’a rien de la grande découverte dans la mesure où le Japonais s’impose partout comme la figure de proue d’un genre qu’on pourrait presque qualifier de national. On a pourtant pas mal hésité à chroniquer ce All Is Silence, mais l’écoute répétée de ce troisième LP en valait finalement la peine.

D’abord et avant tout parce qu’il est extrêmement bien composé. C’est d’ailleurs une marque de fabrique absolument essentielle, ce genre de disques doit impérativement justifier d’une composition à couper le souffle, au moins sur la forme pure. Et All Is Silence joue la carte à fond, non plus uniquement en se focalisant sur la rythmique au scalpel mais bien en insistant sur le dynamisme général, sur la marche en avant de chaque titre.  C’est son concept du « New Field », cette technique de composition qui consiste à une ne jamais arrêter la composition en un seul point, à se projeter toujours vers le tableau d’après. Cette technique permet surtout à son auteur de gagner une fluidité qui fait la grande qualité de ce disque : une série d’aquarelles dont les couleurs filent toujours sur la page d’après, comme un flux lent et sensé.

Il ne faut pas être un hybride mi-humain, mi-virus informatique pour se prendre d’affection pour la musique du Japonais. On est même au cœur de la pop (prises au sens des musiques populaires, et donc non-savantes) en ce qui concerne la volonté de présenter des choses belles et simples. Le recours à des textures organiques est donc plus que récurent – même si l’auteur a eu la bonne intelligence de ne pas nous refaire un remake ambient/beat/piano comme sur son très joli The Nothings Of The North – ce qui donne l’impression d’être à mi-chemin entre de l’électro-acoustique pour gamin de cinq ans et de l’electronica extrêmement conscientisée. Et c’est peut-être là le grand talent de Ametsub, de sans cesse produire une musique pour grand couillons tout en demeurant dans une sphère intouchable. All Is Silence est un disque qu’on devrait détester en 2013, et qui se révèle pourtant comme un essentiel de la sphère electronica-pop-ambient. L’histoire d’un gars qui parvient sans cesse à nous séduire, malgré le poids des préjugés. On va finir par le prendre pour un empêcheur de tourner en rond, c’est dire.