album

dirk.

Gentle  |  2018
7 / 10
par Jeff  |  le 26 février 2018

J’ai un pote. Appelons-le Maxime. Je pense n’avoir jamais vu quelqu’un qui avait autant envie que lui de passer le cap de la trentaine. Afin que vous compreniez combien cet ami vit déjà dans la dizaine supérieure, il faut savoir qu’on parle de quelqu’un qui ne rate pas une édition de La Route du Rock, par exemple, aime le running, est un habitué des Gonzaï Nights et bingewatche de séries comme Veep. Et comble du vieillisme, il est fan de The Notwist. Maxime ayant dix ans de moins que moi, on matche comme un footeux et un mannequin Victoria’s Secret. J’imagine que sans être aussi gravement atteints que lui, les jeunes gars de Dirk. aspirent eux aussi à atteindre un âge capable de légitimer leur amour pour une époque révolue: les 90’s, ce que l’on peut tout à fait comprendre: tandis que le rap est la nouvelle pop et que la musique électronique profite comme jaja de son entrée dans le mainstream, le rock a aujourd’hui autant d’attrait qu’un biopic de Laurent Romejko. Si ce dernier continue de produire d’excellents disques, sa capacité à peser sur son époque est nulle, et les réformations et le recyclage permanents sont les deux symptômes les plus évidents du sombre gouffre dans lequel le mouvement s’est laissé aspirer. 

Chez dirk., c’est cette époque où les cool kids écoutaient In Utero, Pinkerton ou Slanted & Enchanted sur des TDK Chrome qui met des étoiles dans les yeux. En effet, ces intouchables de l’indie suffisent à donner assez de carburant à dirk. pour tenir le temps d’un premier (mini) album qui choisit d’être concis à défaut d’être original. Bien lové dans une zone de confort grunge-noise, le groupe flamand livre un mash-up fantasmé de tous ces disques de chevet, avec une générosité totale qui n’est pas sans rappeler les compatriotes de It It Anita, et qui renvoie également aux accès de passéisme d’une autre bande de gamins à suivre d’extrêmement près, les Français de Lysistrata. Biberonné aux classiques, les gars de dirk. ont aussi grandi dans une époque qui glorifie le plaisir instantané et la décharge d’adrénaline au détriment des saveurs longues en bouches, et cela se ressent dans des refrains qui cherchent à tout prix l’efficacité. Si on imagine sans mal ceux-ci retourner n’importe quelle fosse cet été, toute cette débauche de moyens et cette production plus chargée qu’un coureur Festina se révèlent parfois contreproductifs - par exemple, le single « Gnome » en fait un peu trop pour nous convaincre de son efficacité, pourtant évidente. 

Après, partout ailleurs sur le disque, on trouve suffisamment de raisons de s’enthousiasmer pour un groupe qui la joue ‘plat du pied, sécurité’ histoire de se faire remarquer auprès d’un public cible qui a souvent troqué ses Airwalk contre une paire de sneakers Fred Perry. Mais le trentenaire étant de nature plutôt exigeante, il en attendra forcément beaucoup de la part d’un groupe qui a encore tout à prouver et une personnalité à affirmer.

Le goût des autres :