A Flourish and a Spoil

The Districts

Fat Possum  |  2015
8 / 10
par Jeff  |  le 9 février 2015

On a tous des rêves d’Amérique, alimentés par la musique ou les bouquins bien sûr, mais aussi par le cinéma et plus récemment les séries tv. Puis le jour où on a la chance de traverser l’Atlantique pour croquer à pleines dents dans ce hamburger de culture, c’est généralement à New York ou Los Angeles que l’on termine sa course, et pas dans le fin fond de l’Arkansas ou de l'Iowa. En fait, en optant pour ces grandes villes incontournables, on opte aussi pour ce que l’Amérique a bien souvent de plus européen, une version plus mégalo et excentrique de ce que l’on a déjà chez nous, les vieilles briques en moins, les obèses en plus. Alors que l’Amérique, celle qui alimente le rêve (et un peu le cauchemar aussi, soyons honnêtes), elle trouve son origine dans ces coins paumés où les WASPS et les culs-terreux règnent en maître, dans cette « Bible belt » où la parole de FOX News est évangile, dans ce Sud crasseux et étouffant ou dans ces Etats où l’on ne voit pas plus loin que le bout de son champ de blé.

Cette Amérique-là, la chaîne NBC nous en a donné un savoureux et émouvant aperçu avec Friday Night Lights, une série aussi incroyable que sous-estimée, et étalée sur cinq saisons. Derrière ses faux airs de Dawson’s Creek avec beaucoup de foot américain dedans, elle nous permettait de pénétrer avec une réalisme cru et une émotion totale dans ces territoires que l’on ne visitera probablement jamais - ici, on découvrait une bourgade paumée (et fictive) du Texas, Dillon. Parmi les points forts de la série, il y avait cette b.o. qui conviait le meilleur de l’indé américain et quelques groupes de seconde zone issus de coins un peu improbables où il ne fait pas bon voter démocrate. Jamais on n’a croisé les Districts dans Friday Night Lights (les gars étaient bien trop jeunes) mais c’est là qu’ils avaient leur place, que le pouvoir évocateur de leur rock post-ado aurait été le mieux utilisé.

En effet, il se dégage de la musique de The Districts une rage qui transpire la volonté d’aller voir plus loin que le vieux garage des parents qui leur a probablement servi de local de répétition à leurs débuts. Une volonté féroce de se barrer de leur trou paumé de Litiez - 10.000 habitants seulement, ce qui est vraiment ridicule à l'échelle des Etats-Unis. Mais là où pas mal de groupes débutants se laissent dépasser par leurs émotions et leur envie de bien faire, les gars de The Districts parviennent à canaliser ce bordel émo dans un rock souvent urgent (comme nous le prouve l’irrésistible « 4th and Roebling » judicieusement placé en ouverture de disque), parfois touchant (« 6 AM », la ballade dépouillée qui clôture le disque) et qui va toujours à l’essentiel. Et cet essentiel ce sont les tripes. C’est clairement la cible visée par le groupe, peu importe le vecteur - un son qui pue le bon grunge des familles par moments, et renvoie à de grands groupes de la scène indé américaine à d’autres (coucou The Walkmen).

Et dix titres et 45 minutes, The Districts font montre d’une maturité rarement observée à cet âge-là. Evidemment, A Flourish and a Spoil ne manque pas d’imperfections certes, mais elles sont de celles qui grandissent un disque au lieu de le tirer vers le bas. Ces gars-là voulaient probablement voir un peu de pays. Avec ce second album pour Fat Possum, ils vont pouvoir répandre leur bonne parole aux quatre coins du globe. Et on les en remercie déjà.