7

Beach House

Bella Union  |  2018
7 / 10
par Maxime  |  le 1 juin 2018

Quand un critique musical qualifie un album de « beau mais chiant » il ne s’agit généralement pas d’un compliment. J’en veux pour exemple le dernier Arctic Monkeys qui a fait pas mal de vagues au sein de la rédaction et dont la formule piano bar n’a pas vraiment fédéré. Cette règle ne s’applique pas à Beach House dont l’amateur pose un disque sur sa platine justement parce que leur musique est belle mais (parfois) (un peu) chiante. Or pour cette septième livraison, le duo de Baltimore prend son public à contre-pied, en faisant évoluer sa dream pop cotonneuse vers quelque chose de nouveau et plus rythmé. On avait déjà noté une entame de mouvement sur le précédent Thank Your Lucky Stars, qui bien que sorti quelques mois seulement après Depression Cherry, était un album à part entière, beaucoup plus varié et aventureux que ce dernier.

Avec 7, le groupe continue de s’éloigner des rêveries en apesanteur de Teen Dream ou de Bloom pour enrouler ses mélodies dans des textures plus rugueuses, tout en conservant sa formule à base de synthétiseurs duveteux et d'échos. Conscient peut-être des répétitions de ses derniers disques, le duo a fait appel au producteur Sonic Boom (membre fondateur des Spacemen 3 qui a depuis produit des disques de Panda Bear ou MGMT), en lieu et place du fidèle Chris Coady qui officiait depuis Teen Dream. La dream pop se dilue alors dans des sonorités shoegaze étouffantes, pour un résultat plus dense et moins vaporeux que par le passé, à tel point que certains morceaux n’auraient pas dépareillés sur l’excellent disque du retour de Slowdive sorti l'an dernier.

La section rythmique plus que jamais mise en avant entraîne certaines pistes vers une forme de psychédélisme introverti ("Lemon Glow", la seconde partie de "Dive"), bien que l’approche mélancolique qui a toujours prévalu chez Beach House soit toujours de mise ("Pay No Mind" ou encore "Black Car" qui lorgne de manière appuyée sur du Blonde Redhead dernière période). En outre, on ne sait trop si c'est de l'audace, mais on note l’exercice de style réussi sur "L’inconnue" et son passage en français. Pour un auditeur francophone le morceau en français par des américains est toujours l’occasion d’une bonne tranche de rigolade (en même temps on leur a envoyé Christine & The Queens on peut pas trop faire les malins), mais le duo réussit l’exploit de ne pas tomber dans cet énorme piège à cons, peut-être parce que la chanteuse Victoria Legrand n’est autre que la nièce du compositeur français Michel Legrand.

Même si le style du groupe évolue lentement (on parle de Beach House quand même), il évolue, nettement par moments. Et pour une formation au son aussi caractéristique, et qu'on croyait pour toujours vissée à ses certitudes, cela mérite d'être surligné au gros marqueur. Un disque qui vaut bien son 7, assurément.

Le goût des autres :