32 Levels

Clams Casino

Columbia  |  2016
6 / 10
par Jeff  |  le 22 juillet 2016

À une époque où la figure du producteur prend une place au moins aussi importante que celle du emcee (l’exposition de Metro Boomin’ ou DJ Mustard est là pour nous le rappeler), Clams Casino fait figure d’anti-héros. D’ailleurs, depuis les années qu’il assume totalement son rôle de figure tutélaire du cloud rap et d’éminence grise pour des gens comme Lil B ou A$AP Rocky, on s’étonne presque de le voir débarquer sur la major Columbia avec 32 Levels, vu que ses faits d’armes les plus marquants datent d’il y a environ 5 ans. Bref, on ne sait pas vraiment pourquoi ce disque existe en 2016. Mais comme il existe, on serait bien cons de ne pas en profiter, n’est-ce pas ?

Enfin parler de profiter ou de plaisir est un peu être in chouïa exagéré. En effet, outre le fait que le disque arrive probablement avec un train de retard, il n’est pas exempt de défauts, qu’on situera notamment au niveau du choix des artistes invités pour rendre le produit plus facilement commercialisable. Car si les productions de l’Américain sont ici d’assez bonne facture, au moins la moitié des titres sont plombés par des participations vocales qui ne mettent pas vraiment le travail de Michael Volpe en valeur, notamment sur la seconde moitié du disque.

Tout avait pourtant bien commencé : ses habituels partners in crime que sont Lil B et A$Ap Rocky évoluent à leur niveau habituel, tandis que Vince Staples confirme qu’il est bien l’un des rappeurs les plus prometteurs de sa génération sur un « All Nite » incisif au possible - le titre provient des sessions d’enregistrement de son excellent Summertime '06 et ça s'entend. Mais c’est quand on a le sentiment qu’un chargé de produit pas vraiment éclairé a eu son mot à dire que ça se complique : en contre-emploi total, Kelela ou Sam Dew tentent d’apporter une note de fraîcheur ou de douceur dont les ambiances aquatiques et vaporeuses de Clams Casino n’ont nullement besoin. On sauvera quand même du naufrage les performances de Mikky Ekko sur un "Into the Fire" rihannesque et Samuel T. Herring, dont la capacité à occuper l'espace en dehors de Future Islands impressionne de plus en plus.   

Ces sensations mitigées renvoient forcément l’image un peu tristounette d’un disque qui se cherche sans jamais se trouver, d’un producteur prisonnier de contraintes dont il s’accommode assez mal. Écartelé entre ombre ou lumière, 32 Levels rate trop souvent sa cible - et son public cible. Dommage pour un Clams Casino qui méritait mieux vu ce qu’il a apporté au rap des années 2010.