1999

Rich Brian

88rising  |  2020
6 / 10
par Ruben  |  le 1 octobre 2020

La première fois que l’on vous a mentionné Rich Brian, c’était en mars 2016. À l’époque, le rappeur de 16 ans, qui se promenait encore dans les rues de Jakarta sous le pseudo de Rich Chigga, venait de casser les internets avec « Dat $tick ». Équipé d'un sac banane, de son plus beau polo rose et d'une bouteille de Cognac, Rich Chigga impressionne GhostFace Killah, Goldlink ou les Flatbush Zombies qui découvrent, lors d’une vidéo-réaction désormais mythique, le flow incroyable du jeune indonésien. La vidéo, un vrai coup marketing orchestré par le label 88rising, permettra de lancer la carrière de Rich Chigga à l’international, tout en lui apportant une street cred indéniable - il faut dire que se faire valider par le vétéran GhostFace, ça aide. Cerise sur le ghetto, le membre du Wu-Tang Clan jurera de lui offrir un couplet - une promesse qu’il a tenue. Peu après le succès international, et pour éteindre les critiques, Brian Soewarno décida finalement de changer son blase en se débarrassant de l’inconfortable « chigga » (pour « chinese n*gga »).  

Quatre ans plus tard, Rich Brian est confortablement installé en Californie, mais n’a toujours pas l’âge légal pour s’ouvrir une bière. À seulement 20 ans, il sort un nouvel EP intitulé 1999, pour son année de naissance. Et tout comme sur The Sailor ou Amen, ses deux précédents projets, Rich Brian confirme immédiatement son incroyable versatilité ; l’exemple parfait étant « Don’t Care » sur lequel il prend un malin plaisir à entrecouper un refrain chantonné à tue-tête avec des couplets rap bien sentis. Il en est de même pour « Love In My Pocket », un sympathique summer anthem, dont le succès commercial est d’ores et déjà acquis. Mais une fois passé les deux singles de 1999, les choses se compliquent un peu.

Car contrairement à son homologue Joji, - qui nous prend aux tripes à chacune de ses apparitions -  Rich Brian pêche dans le dernier geste et, pour quelqu’un qui a débarqué dans le rap en sac banane, ce nouvel album manque étrangement de personnalité. En effet, « Sometimes » est incontestablement inspiré par la discographie de Brockhampton, tandis qu’on suspecte sérieusement Rich Brian d’avoir laissé tourner After Hours en fond au moment d’enregistrer « DOA ». De plus, et c’est fort dommageable, 1999 ne parvient jamais à totalement transmettre les émotions transcrites dans ses textes, et des titres comme « Long Run » et « When You Come Home » manquent de présence et de justesse dans leur finition pour réellement faire mouche. L'EP est loin d’être désastreux, mais il est vrai que, au vu du talent infini du bonhomme, on s’attendait à être davantage bouleversé.

À seulement 20 ans, il va de soi que Rich Brian a encore le temps de mûrir pour nous pondre un projet plus complet, et peut-être moins naïf ; car on est intimement convaincus que le jeune indonésien a encore plus d’un tour dans son sac - banane évidemment.