1995

RonnyHuana

Twaalfprocent  |  2020
8 / 10
par Jeff  |  le 15 mai 2020

Si l’on a demandé aux collectif Frontal de nous livrer un Goûte Mes Mix, c’est précisément parce qu’à travers celui-ci, on souhaitait enfoncer un clou et vous rappeler qu’il se passe quelque chose de particulièrement excitant dans le milieu du rap bruxellois depuis quelques années, et que les forces vives qui contribuent au phénomène sont en train de passer un cap faisant naître un esprit de corps à la robustesse digne des Bulls de 98. Mais au moment de nous indiquer un talent à pister, ce n’est pas vers la scène bruxelloise que Proceed et Vega nous ont orientés, mais bien vers Anvers, à la découverte de RonnyHuana, le MC qui allait illuminer notre confinement. Enfin, parler de lumière pour évoquer sa production, c’est comme de parler d’intégrité quand on refait le film de la carrière politique de Donald Trump. RonnyHuana, c’est la pierre précieuse que l’on découvre dans la boue, et qui attendra encore un peu pour finir au doigt d’une michtonneuse qui ne le mérite pas. Dans l’esprit, on pense à ce qui s’est passé du côté de Buffalo il y a quelques années, quand Westside Gunn ou Conway The Machine ont décidé de sortir du gué avec un rap à la fois complètement habité par les sonorités originelles de la côte Est, mais aussi complètement conscient du monde dans lequel il est appelé à se développer – Atlanta est partout, qu’on le veuille ou non. Un rap qui préfère l’humidité des égouts à la chaleur des spotlights, et qui construit des discographies anarchiques faites de formats plus ou moins courts dont on a parfois du mal à suivre la trace. Fidèle à cette éthique de travail, 1995 est déjà le second projet de 2020 pour RonnyHuana, et il est sorti un mois à peine après Get Los III. Parce qu’il le fallait. Parce qu’il en avait besoin. Car ce rap est trop urgent et authentique pour se plier à un quelconque calendrier, à suivre un quelconque agenda. Et ça se sent : avec cinq titres au compteur, dont au moins deux bombes (un « Jerrycan » plein d’amertume et au goût prononcé de Gordon jaune, et un « Triple Douze » tellement lourd qu’on ne s’étonne pas d’y croiser le plus beau quintal du rap bruxellois, BERRY), 1995 touche sa cible sans pour autant la chercher. Shine bright like a raw diamond.