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BEAK>

Invada  |  2018
7 / 10
par Jeff  |  le 25 septembre 2018

Le Parrain a beau être l'un des plus grands films de l'histoire du cinéma, Francis Ford Coppola pense qu'il y ait peu de chance que le projet puisse être validé par un grand studio d'aujourd'hui, ceux-ci préférant les concepts déclinables à l'infini ou les reboots d'un niveau de paresse comparable à celui de Neymar sur un terrain de foot de Ligue 1.

C'est dans cette logique implacable qu'on va avoir droit à un nouveau Suspiria, l'un des plus grands films d'horreur de tous les temps, réalisé par Dario Argento en 1977. Comme les ados de 2018 préfèrent aller voir le quatorzième volet de La purge plutôt que le remake d'un vieux truc dont ils n'ont jamais entendu parler, le casting parle aux vieux amateurs d'arty grand public: Luca Guadagnino derrière la caméra, Tilda Swinton devant, et ce robinet d'eau tiède de Thom Yorke pour essayer de faire oublier Goblin à la bande originale. Si on se gardera bien de dézinguer avant d'avoir pu juger sur pièce, on a déjà une certitude à la vision du trailer: BEAK> aurait eu les épaules suffisamment large pour s'acquitter de cette tâche - surtout que le groupe de Geoff Barrow maîtrise déjà l'exercice

Adepte d'un kraut vicié, anxiogène et cafardeux, le groupe de Bristol poursuit sur ce troisième long format le travail de sape entamé en 2009, soit un an après la sortie du gigantesque Third de Portishead. Rétrospectivement, on peut penser que cet album était autant celui de la réinvention d'un groupe qu'une véritable prise de pouvoir de Geoff Barrow au sein de celui-ci, tant on retrouve dans BEAK> (et dans une forme autrement plus rugueuse) les traits caractéristiques de certains des meilleurs titres du dernier album en date de la bande à Beth Gibbons. Il est à ce titre remarquable que Geoff Barrow ne fasse pas comme tous les gens de son âge en 2018, à savoir faire la tournée des salles et des festivals avec Portishead pour financer son joujou BEAK>. Mais ceux qui suivent ces deux projets savent que ses compères au sein de Portishead sont bien trop exigeants pour céder à la tentation, Beth Gibbons bien trop fragile pour se lancer sur le circuit de la gloriole éternelle. Quant à ceux qui l'accompagnent au sein de BEAK>, ils considèrent comme Geoff Barrow cet aventure comme trop importante et précieuse pour être vécue avec la distance qu'on pourrait accorder à un side project.

Plus cinématographique que jamais, ce nouvel album de BEAK> voit le groupe nous bringuebaler dans une boîte à idées où l'air est vicié, la lumière crépusculaire et l'espace infiniment restreint. En effet, exception faite de l'irrésistible cavalcade "Allé Sauvage" placée au beau milieu du disque pour nous laisser prendre juste ce qu'il faut d'air pour ne pas crever la gueule ouverte, >>> nous oppresse et nous étouffe sous le poids de ses idées noires, de ses rythmiques hypnotiques et de ses motifs neurasthéniques, alternant entre vignettes imparfaites, pop songs sous tranxène et glaçantes mélopées. >>>, c'est un parti-pris esthétique très fort, qui peut il est vrai rebuter au premier abord. Mais une fois dissipée l'impression d'être harcelé par trois types louches qui en ont après notre santé mentale, on peut pleinement se laisser envelopper par ces dix titres épais et cérébraux qui sont autant de saynètes d'un thriller horrifique dont le groupe nous laisse être le pauvre héros promis à un fin terrifiante.

Et dans la catégorie "meilleure B.O. de film imaginaire", le gagnant est...